Point sur le lancement du Comité de Pilotage contre les violences et déviances
04/02/2022Peux-tu te présenter ? Ton parcours dans le rugby et au sein de la Ligue ?
Je suis bénévole depuis 1987. D’abord bénévole dans un club, puis à la Ligue depuis les années 96 quand Daniel Arnaud m’avait proposé de rejoindre sa liste. Je me suis occupée avec Claude Gatineau des calendriers pendant quelques années. Nous avons géré les matchs jeunes dans le Grand Sud-Est, c’était hyper intéressant pour les jeunes, on allait jusqu’en Bourgogne.
En même temps je m’occupais aussi de la discipline, avec Jacky Tollard, puis petit à petit quelques années après je suis devenue présidente de la Commission de Discipline et je suis restée là pendant 15 ans.
Maintenant tu n’es plus présidente de la commission de discipline…
Non je me suis retirée car j’en avais fait le tour et on m’a proposé de m’occuper du Comité de Pilotage contre les violences et déviances. J’ai un rôle de coordinatrice pour ce comité.
Pourquoi tu as accepté ce rôle ? Qu’est ce qui t’a amené à t’engager ?
J’ai toujours le même objectif, c’est aider les clubs. J’ai été et je suis toujours affiliée à mon club du Beausset et je connais les problématiques des petits clubs notamment. Ces clubs sont souvent démunis devant cette violence. Quelque part il fallait que la Ligue les aide, on ne peut pas les laisser seuls.
En commission de discipline, on juge des faits qui se sont passés alors qu’avec ce comité de pilotage on essaie d’anticiper, de faire des fiches de signalement avant match. Donc on essaie d’intervenir avant que tout cela se produise.
On peut intervenir sur des signalements de faits ou propos sur internet par exemple. Un président, un dirigeant peut émettre des inquiétudes sur le match à venir. Dans ce cas, un membre de la commission appelle les deux clubs en leur demandant d’être très vigilants en ce qui concerne cette rencontre et nous leur faisons part des messages publiés sur le web. Notre objectif est de tenter d’apaiser la situation avant le match. André Saint Etienne s’occupe de passer ces appels, il le fait très bien et il a de bons retours des dirigeants.
Les actions du Comité de pilotage de lutte contre les violences et déviances
- Campagne d’affichage
- Préparation de quizz
- Formation équipe sportive
- Planification d une formation pour les responsables sécurité des clubs
- Création d’un espace dédié sur le site internet
- Création d’une adresse mail dédiée aux fiches de signalement :
Peux-tu résumer les objectifs et missions du comité de pilotage ?
On a beaucoup travaillé car il y a énormément d’axes de travail sur ces problématiques. On communique des informations aux clubs sur tout ce qui concerne les déviances (addictions, discriminations…) et ensuite sur les violences (sur le terrain ou dans les tribunes).
On intervient aussi en amont avec une fiche de signalement pour les violences. Un éducateur ou dirigeant peut alerter sur des propos violents diffusés par exemple avant le match. Nous sommes tenus à la discrétion et les informations communiqués sont connues uniquement des membres de notre comité de pilotage.
Dans le cadre des « Rencontres sans violences pour les jeunes », on envoie un CTC qui va avoir un discours auprès des éducateurs, des arbitres, du représentant fédéral s’il y en a un. Il explique pourquoi il est là, ce qu’on fait et comment on aimerait que le match se passe. Il fait également une intervention sur le terrain avant la rencontre, il s’adresse aussi aux joueurs. On a fait une campagne d’affichage dans ce cadre également. Le CTC suit le match et on demande aussi aux élus de la Ligue Sud et des Comités Départementaux d’être présents à cette occasion.
Il y a aussi des fiches (pour les catégories jeunes) en aval, quand le match a eu lieu. Quelques fois malheureusement, il s’est passé des choses pendant le match que l’arbitre ou le représentant fédéral n’ont pas mentionnées. Nous avons mis en place, pour l’instant uniquement pour les catégories jeunes, un process pour que le Président puisse signaler dès le lundi qui suit la rencontre les événements incriminés. Suite à ce signalement, nous menons une enquête. Si nous recevons des vidéos, des photos, qui nous montrent qu’effectivement il s’est passé des choses, on le fait passer à la Secrétaire Générale, Marie-Pierre Ayglon, qui peut saisir la commission de discipline.
Nous sommes en train de préparer un process détaillé pour voir comment nous pouvons élargir cette possibilité aux catégories seniors.
« Les rencontres sans violences pour les jeunes », a été le projet phare du comité de pilotage. Comment a-t-il été reçu par les clubs et les différents acteurs ?
Le retour est très bon. Déjà pour tous les matchs que nous avons faits, tout s’est bien passé dans l’ensemble. Cinq matchs U18 Nationaux ont été ciblés, on a essayé de faire passer toutes les équipes. Les éducateurs, bénévoles et dirigeants des clubs ont salué ce projet. Dans les tribunes, s’il y a eu des propos violents, les CTC sont intervenus pour calmer la situation. Globalement l’action est vraiment bien perçue.
Quels projets le comité de pilotage va-t-il porter en 2022 ? Quels axes allez-vous développer ou continuer ?
Pour les nouveaux projets, il y aura peut-être en début de saison, selon la pandémie, une grande journée festive sous forme de plateaux pour les jeunes U16 / U18. L’objectif est que les éducateurs se rencontrent avant le début des compétitions, que les joueurs se connaissent. Nous voulons créer du lien, puis mettre en place différents ateliers et stands pour informer et sensibiliser sur les violences et les déviances.
Ensuite nous allons affiner le process engagé avec « les rencontres sans violences » pour l’élargir aux autres catégories jeunes et seniors. On va le faire petit à petit.
On va également continuer à créer du lien avec les éducateurs. Quand il y a un petit problème avec un éducateur lors d’un match, André Saint Etienne appelle pour parler, comprendre ce qu’il s’est passé. Le but n’est pas de faire la leçon mais de discuter du problème. Ces discussions sont vraiment appréciées par les éducateurs généralement, car André écoute et engage un vrai dialogue avec eux. Le but d’ici deux ou trois ans serait qu’aucun éducateur n’ait un carton.
Les jeunes sont des éponges, ils vont souvent reproduire le comportement qu’ils observent. D’où l’importance d’être là aussi pour nos éducateurs qui sont souvent une figure d’exemple pour les plus jeunes.
Après le rugby reste un sport de contact. Parfois il peut y avoir un placage raté qui devient dangereux. Ce sont des faits de jeux qu’on ne peut pas entièrement faire disparaitre. Mais toutes ces bagarres qu’on voit dans les tribunes, sur les terrains, les paroles violentes et racistes, on aimerait vraiment les éradiquer et qu’il y ait une prise de conscience de toute la famille du rugby.